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Steve MORADEL, un entrepreneur atypique

1 avril 2020 5 commentaires

par Céline CLAIRICIA

Parce que chez Jeunesse Outremer, chacune de nos rencontres a été source d’inspiration, nous souhaitons partager aujourd’hui un portrait de l’un de nos talentueux ultramarins. Au-delà d’un brillant parcours professionnel, c’est surtout la personnalité de Steve Moradel qui a retenu notre attention.

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Parlez-nous de vous, de votre parcours

J’ai toujours trouvé cet exercice un peu périlleux car on est souvent la plus mauvaise personne pour se raconter. Je dirais que je suis un papa comblé, un homme passionné de lecture, d’écriture et de voyages. Je suis entrepreneur dans le domaine du digital comme il en existe des millions. Je mène une carrière heureuse où succès et échecs se sont succédés. J’ai très tôt été passionné par les innovations technologiques notamment celles qui changent et améliorent le quotidien des gens en répondant à leurs besoins essentiels. Je suis également très impliqué en faveur de la diversité et la mixité dans le monde de l’entreprise, j’accompagne de nombreuses initiatives visant à lutter contre toute forme de discrimination. 

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été une personne engagée. Cet engagement s’est notamment matérialisé à travers la création de l’ONG internationale Acting For Water cofondée avec Fabrice Jehlé et Karim Stambouli et qui agit pour l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. L’eau est devenue un bien rare et précieux. Peu de gens le savent mais un tiers de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable. Quand nous avons fondé Acting For Water, nous avons porté une attention particulière aux femmes, généralement en charge de la gestion de l’eau et de l’hygiène au foyer, aux enfants aux individus présentant des vulnérabilités. 

Enfin, il y a quelques temps, j’ai intégré le conseil d’administration de l’Association Promethée Education que j’ai découvert grâce à Maud Bailly qui en fait également parti.  Cette association fait un travail formidable notamment en agissant pour l’égalité des chances et la réussite de tous les élèves. Le sujet de l’éducation me tenant particulièrement à coeur, je n’ai donc pas hésité une seconde quand la proposition m’a été faite.

Qu’est-ce qui explique la diversité de votre parcours ?

J’ai beaucoup de mal à avoir du recul sur mon parcours professionnel et en même temps je ne me retourne jamais sur ce que j’ai pu accomplir. Je pense avoir eu une chance, celle d’avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment. Chaque expérience – qu’elle ait été couronnée de succès ou d’infortunes – m’a appris des choses sur moi et m’a poussé à me réinventer. J’aime faire des choses différentes, me lancer de nouveaux défis et sortir de ma zone de confort. Je viens de terminer l’écriture de mon premier roman, je suis entrain d’essayer de monter une école en Afrique… Bref j’aime me réinventer et que demain soit différent d’hier.  Je fais des choses qui me rendent heureux et des projets en phase avec les convictions que je porte, je ne conçois pas la vie autrement. Mes aventures professionnelles sont le fruit de rencontres heureuses avec des personnes qui ont voulu travailler avec moi et moi avec elles. Ma plus belle réussite est de très loin ma vie personnelle c’est d’ailleurs probablement grâce à elle que j’ai réussi ma vie professionnelle. 

La diversité de mon parcours tient essentiellement au fait que je ne me suis jamais rien interdit. Je crois beaucoup aux rencontres, et aux instants qui les précèdent, je laisse la vie me porter et je saisis les occasions quand elles se présentent à moi. C’est un peu l’histoire de Bemersive, la dernière société que j’ai cofondé avec mes associés Stéphane Juffé, Franck Marandet et Marc Ouzounian. C’est une histoire de rencontre, de feeling et d’amitié. C’est aussi simple que cela.

Je ne sais pas si j’ai un beau parcours et au fond ça n’a aucune forme d’importance. Malheureusement, on ramène trop souvent la réussite d’une personne à la somme de choses secondaires: sa présence dans telle ou telle classement, sa fonction, le montant de sa levée de fonds, le renom de l’entreprise dans laquelle elle travaille… Cette sacro-sainte reconnaissance sociale où le paraître prime sur l’être n’est pas l’idée que je me fais de la réussite et encore moins de la vie. Le parcours de mes parents est bien plus beau que le miens car ils ont consacré leur vie à servir et sauver celles des autres. Je ne suis pas très fan de ce mythe de l’entrepreneur roi,  nous ne sommes pas plus courageux ni même plus résilients qu’un salarié. La plupart des entrepreneurs que je connais le sont devenus faute d’avoir trouvé un emploi. Pour eux ce n’était pas pas un choix c’était une question de survie. Vous remarquerez que ce sont rarement eux qui sont mis en avant dans les médias quand il s’agit de brosser le portrait de l’entrepreneur type.

Ce narratif qu’on nous vend ne m’a jamais intéressé, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai quasiment toujours refusé les interviews qui m’ont été proposées. De tous les entrepreneurs qu’on érige en modèle ici et là très peu d’entre eux trouvent grâce à mes yeux. Si je ne devais en citer une ce serait Leila Janah, elle représente tout ce que j’admire dans la vie: une entrepreneuse sociale, engagée, brillante, rare et authentique qui a permis à plus de 35 000 personnes de sortir de la pauvreté grâce son entreprise Samasource. Leila était une femme incroyable. Si j’en parle au passé c’est parce qu’elle nous a récemment quitté.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes ultra-marins ?

Je les invite à être fiers de ce qu’ils sont. C’est grâce aux départements et territoires d’Outre-Mer que la France possède le deuxième territoire maritime mondial. L’heure des Outre-Mer viendra et l’impérieuse nécessité de développer une économie durable de la mer et d’affirmer la place de la France dans le contexte international, devra se faire avec l’Outre-Mer et ses nombreux talents. 

Pour le reste, il n’existe pas de conseil miracle. Un bon conseil est un conseil personnalisé car chaque entrepreneur est différent, chaque problématique l’est aussi. J’insiste surtout sur l’importance de l’épanouissement personnel, une condition préalable à tout épanouissement professionnel. Je les invite à croire en eux, à laisser le temps au temps, et d’apprendre à  transformer leurs erreurs en leçons. En fait, je n’ai rien à leur apprendre, je discute, j’échange et surtout je les écoute. Pour tout vous dire j’apprends plus d’eux qu’ils apprennent de moi.

Quel effet cela vous a fait de recevoir un prix au Salon de l’Innovation de l’Outre-Mer ?

Je voudrais aussi et surtout vous dire tout le bien que je pense du concours Innovation Outre-Mer qui honore, salue et récompense chaque année les start-ups ultramarines. Je suis tellement admiratif du travail effectué par Daniel Hierso le Président et co-fondateur du réseau Outre-Mer Network. Si les médias cherchent des rôles modèles résilients, tournés vers les autres, talentueux, en voilà un formidable. 

Chaque année depuis la création de cet évènement, le prix de la personnalité de l’année récompense une personne pour son parcours et ses engagements. Xavier Fontanet, Christine Kelly ou encore Elisabeth Moreno l’ont reçu avant moi. Quand j’ai reçu ce prix j’ai bien évidemment été touché mais surtout extrêmement gêné car  je ne savais pas trop quoi dire. J’ai commencé par remercier mes parents pour l’affection dont ils m’ont entouré et pour les valeurs d‘engagement, de fidélité et d’humanisme qu’ils m’ont transmises tout au long de ma vie. Après, je crois avoir remercié celles et ceux qui avaient pensé à moi pour ce prix. En Novembre dernier j’ai à mon tour remis le prix de la personnalité de l’année 2019  à Sylvain Makaya Partner chez Idinvest, un homme de grande qualité.

Recevoir ce prix des mains d’Elisabeth Moreno – Vice présidente et General Manager de Hewlett Packard Afrique et Lauréate 2017- était une immense fierté. J’ai fait des rencontres incroyables tout au long de ma vie et elle en fait partie. Je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti quand elle m’a repris le prix. Maya Angelou disait “ Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir ” Je crois qu’elle avait raison.

Comment analysez-vous la crise sanitaire que nous vivons actuellement d’un point de vue social et économique ? 

Avant toute chose je voudrais avoir une pensée pour les invisibles de la crise que sont les personnes isolées et les Sdf. Comment ne pas rendre hommage aux personnes qui sont en première ligne dans cette crise sanitaire: les professeurs, agents bancaires, femmes et hommes de ménage, caissières, bénévoles, pompiers, gardiens d’immeubles, policiers, éboueurs, gardiens de prisons, manutentionnaires, chauffeurs… Je voudrais également avoir une pensée toute particulière pour les soignants. Vous savez, mes parents ont travaillé toute leur vie à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, j’ai fait la plupart de mes jobs étudiants à la Pitié Salpêtrière où travaillait mon père je ne suis pas donc pas étranger à cet environnement. J’ai une admiration sans borne pour le personnel soignant qui fait preuve d’un héroïsme inouï. 

Quand je vois la situation des hôpitaux des grandes villes internationales être autant à la peine, je ne peux m’empêcher de penser qu’on a raté quelque chose. A Paris, Madrid, Los Angeles, Bruxelles, Londres, Milan les respirateurs, les masques et les gels hydro-alcooliques manquent cruellement et c’est encore pire dans les villes plus modestes. A New-York, capitale économique et financière de la côte est américaine, certains soignants sont équipés de sacs poubelle faute de blouses médicales. Et que dire de cette tragédie à huis clos qui se déroule dans les Ehpad en France, en Espagne en Italie et ailleurs? Encore une fois, ce sont les plus faibles qui paient le plus lourd tribut, ce sera le cas pour  les 27 millions d’américains qui vivent sans couverture sociale mais aussi pour les trois milliards de personnes qui à travers le monde n’ont pas accès à l’eau courante et au savon dont beaucoup vivent en Afrique et en Inde. Cette pandémie mondiale met en lumière les failles de notre modèle économique néo-libérale et nous rappelle avec insistance la nécessité d’avoir des services publics forts, modernes et efficaces. 

D’un point de vue économique tous les regards sont tournés vers les Etats-Unis qui sont passés du quasi-plein emploi au début du mois de mars à une situation de récession en quelques semaines avec un taux de chômage qui a littéralement explosé. Personne ne sait vraiment quelle sera la durée de cette crise ni même son ampleur mais on se dirige vers une récession mondiale aux conséquences imprévisibles. Je ne suis pas économiste mais je constate simplement que cette crise intervient dans un contexte d’incertitudes: guerre commerciale sino-américaine qui a laissé des traces, guerre autour du prix du pétrole, crise des dettes souveraines, Brexit, crise syrienne… le timing pouvait difficilement être plus mauvais. Il est intéressant de regarder ce qui se passe actuellement du côté de Singapour considéré comme le mini baromètre du monde. Les premiers chiffres sont tombés et ils sont assez inquiétants et nous donnent une première idée de ce que pourrait être l’ampleur de la crise économique qui s’annonce. 

La crise que nous vivons ne doit pas être une parenthèse mais une occasion historique de remettre en question notre modèle de société, nos comportements ou encore notre relation à la nature et au monde. Espérons que nous tirerons toutes les conséquences de cette crise, l’avenir nous le dira…

Enfin, auriez-vous un message de soutien à transmettre à nos lecteurs ?

Un mot d’ordre qui sauve des vies : Restez chez vous !

5 commentaires

  1. slot
    6 mai 2024

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  5. namo333
    16 juillet 2024

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